18.05.2008

Un livre, un film

 

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Londres : 1920.

Kitty est une jolie jeune fille de la bonne société anglaise d'après-guerre. Elle évolue avec nonchalance et coquetterie au milieu de ses nombreux soupirants.

Sa soeur est plus jeune, mais déjà sur le point de se marier. Kitty n'éprouve pas l'envie de s'enchaîner.

Elle ne se préoccuperait pas d'être encore célibataire à 25 ans, si sa mère, véritable dragon pour ses filles et son mari, n'avait un jour lâché, en public, la phrase fatidique : "Combien de temps crois-tu que ton père et moi allons t'entretenir ?"

Kitty se penche alors sérieusement sur la problématique question. Elle n'a jamais été amoureuse et personne ne l'attire autour d'elle.

En outre, si les hommes la courtisent, aucun ne se déclare pour demander sa main : son imposante et exigeante mère est sans doute pour quelque chose dans la réticence des prétendants. 

Puis, un soir, Kitty danse avec un inconnu, et ce moment qui aurait dû être banal éveille l'intérêt de sa mère. A défaut de celui de la fille.

L'homme en question est bactériologiste et vit à Shangaï où il dirige un laboratoire de recherches. En somme, aux yeux du gratin de la société anglaise, il n'est qu'un petit médecin sans fortune. Les savants sont guère distrayants.

Son seul intérêt réside dans le fait qu'il est charmé par Kitty, et surtout, qu'il lui demande de l'épouser.

Kitty songe qu'elle ne restera pas vieille fille alors que sa jeune soeur se marie, et surtout, surtout, qu'elle pourra par ce mariage échapper à l'autorité parentale excessive.

Elle accepte, sans être attirée le moins du monde par Walter, son mari tout neuf. La nuit de noces n'est qu'une formalité, Kitty découvre de plus en plus la personnalité de son mari, aux antipodes de la sienne.

Walter est sérieux, absorbé par ses recherches, peu loquace, mal à l'aise en société. Kitty est vivante, extravagante, séductrice, irréfléchie.

Mais elle devine que son mari est éperdument amoureux d'elle et qu'il serait prêt à satisfaire le moindre de ses désirs si elle l'exigeait. Cette tranquille soumission, au lieu de l'attendrir, lui répugne.  

Kitty et Walter partent pour la Chine. La Chine qui vit sous la domination européenne. Kitty est reçue en lady, est invitée par tout le clan colonial, se divertit, tourne les têtes, tandis que Walter ferme les yeux sur le comportement de sa femme et s'enferme de plus en plus souvent dans son laboratoire.

Il faut peu de temps à Kitty pour tomber dans les bras d'un politicien, bellâtre et marié de surcroît. 

Kitty s'enflamme, ne vit plus que pour cette relation qui rend sa vie si excitante, le reçoit chez elle en l'absence de son mari, rit de son imprudence. Elle aime passionnément, enfin. Et puis, elle en est sûre, Walter, même s'il se doute de quelque chose, ne dira rien. Il l'aime tant, et exprime si rarement ce qu'il ressent.

Kitty méprise son mari. 

Le jour où Walter lui fait comprendre qu'il sait tout, une légère panique s'empare d'elle à la perspective d'un scandale. On ne se sépare pas dans la bonne société anglaise. 

Jusqu'au bout, elle se persuade que son mari est bien trop lâche et inactif pour se venger. D'ailleurs, l'éventualité d'un divorce ne l'effraie pas outre-mesure : il la rendrait libre et son amant pourrait l'épouser à son tour.

Mais, au lieu des menaces attendues, Walter propose calmement à sa femme un marché : partir avec lui dans une province touchée par une dangereuse épidémie de choléra, ou divorcer en ternissant la réputation de l'épouse infidèle. Clément, il ajoute qu'il acceptera de prendre tous les torts à sa charge uniquement s'il a l'assurance écrite que son amant l'épousera.

Kitty est ébranlée par le marché. Pire, elle se sent piégée.

Elle refuse de toutes ses forces de braver la mort dans cet endroit maudit, se braque, supplie, implore. Et découvre pour la première fois en deux ans de mariage le caractère inflexible de son mari. A partir de cet instant, Kitty ne méprise plus l'homme qu'elle a épousé, elle en a peur, persuadée que Walter prépare sa mort en la traînant au coeur de l'infection.

Avec un dernier espoir, elle court vers son amant lui faire part du marché. A son immense désillusion, celui-ci se rétracte, tergiverse, avoue enfin qu'il lui est impossible de divorcer lui-même.

Kitty tourne alors une page de sa vie. Au plus profond du désespoir, elle suit Walter dans la province malade comme une condamnée marchant vers l'échafaud.

A Mei-tan-Fu , la vie n'est pas la même qu'à Shangaï. On ne joue pas au golf, on ne s'invite pas entre gens de la Haute, on ne minaude pas.

Il n'y a d'ailleurs presque plus de vie. La population entière est terrifiée à l'idée de la mort qui prend, chaque jour, un ou plusieurs habitants.

Kitty se réfugie dans la solitude, s'enferme chez elle, ne dépasse pas la barrière de sécurité qui isole son bungalow du village. Le seul être humain qui la distrait un peu est un voisin, un Européen qui vit avec une jeune fille Mandchoue. L'homme prend la jeune femme en pitié, percevant la tension qui règne dans son ménage.

De son côté, Walter découvre que l'eau est la source de l'infection. Il interdit sa consommation et se met ainsi la population à dos. Un temps seulement. Très vite, Walter inspire confiance, est apprécié, reconnu, remercié pour ses efforts. Seule Kitty persiste dans sa froideur, augmentant par son comportement celle de son mari. Plus aucun dialogue n'existe au sein du couple.

Puis, un jour, Kitty est lasse de passer ses journées et ses nuits à rêver de son amant. Il l'a abandonnée, il s'est montré aussi lâche et méprisable qu'elle croyait son mari capable de l'être. Elle sort de chez elle, commence à s'intéresser au problème qui paralyse le village entier. En compagnie de son voisin, elle décide de rendre visite aux religieuses du couvent qui accueillent les orphelines et soignent les malades du choléra. Là, Kitty découvre un monde à l'opposé de celui dans lequel elle a grandi.

Il ne sert à rien, ici, de s'interroger sur sa toilette, d'arranger son chapeau, de potiner. Il y a plus urgent.

Il faut aider, se salir les mains, donner de son temps pour augmenter celui des mourants, éduquer les petites filles sans parents...

Dans le lieu saint, au milieu des religieuses qui sont la bonté même, Kitty entend parler d'un homme extraordinaire, qui dispense réconfort et générosité sans compter. Elle réalise, incrédule, que tous vénérent son époux.

Sous l'impulsion des nonnes et des orphelines qui s'attachent à elle, Kitty se transforme, oubliant bientôt la jeune femme froide et hautaine qu'elle était en arrivant dans la province chinoise. Oubliant son amant, sa vie d'avant, son égoïsme, son orgueil.

Elle devient bientôt aussi utile que son mari et s'en trouve heureuse. Seule une chose la contrarie désormais : Walter s'intéresse bien plus aux malades qu'à sa propre femme. Il semble l'avoir chassée de sa vie et lui oppose, chaque jour, une indifférence glaciale. Kitty ne s'en accommode plus, elle en souffre.

Alors, puisant dans ses vieilles armes de séduction, elle fait tout pour effacer la femme infidèle que Walter a punie. Elle sait qu'elle a découvert au sein de l'enfer un homme qu'elle ne connaissait pas, et qu'elle ne veut pas perdre. 

Mais la glace ne se brise pas. Walter tient bon et son indifférence est bientôt vécue par sa femme comme la pire des punitions.

Puis, un jour, tout bascule. Un mouvement de révolte s'empare de la jeunesse chinoise des alentours. En traversant la ville sur son siège surélevé par des porteurs, Kitty devient la cible des manifestants. Elle est trop belle, trop blanche, trop Européenne. Prise en chasse, elle ne doit son salut qu'à son mari qui lui vient en aide.

La peur les jette dans les bras l'un de l'autre. Walter rend les armes, Kitty devient l'épouse aimante et passionnée qu'elle n'a encore jamais été.

Alors que le bonheur est à portée de leur main, Kitty apprend qu'elle est enceinte et doute que son mari soit le père de l'enfant à venir.

Tandis que Walter, surpris par une nouvelle vague de choléra, côtoie imprudemment l'infection...

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The Painted veil ou Voile des Illusions est aussi un roman. Ecrit par Somerset Maugham, il s'intitule en français La Passe dangereuse.  

J'ai lu ce roman très jeune, trop peut-être. J'en ai gardé une impression de dégoût profond, mêlé à la fascination de l'Asie, qui m'a toujours interpellée.

Puis, des années après, j'ai vu Le Voile des Illusions, joué par la délicieuse Naomi Watts et l'énigmatique Edward Norton.

Ils donnent à leur personnage une dimension plus profonde, un rayonnement poignant. Le film prend alors de légères distances par rapport à l'oeuvre littéraire et cette liberté, bien que subtile et limitée, m'a suffit à redécouvrir l'histoire et à l'apprécier davantage.

Il est très rare qu'une adaptation cinématographique me séduise plus que l'oeuvre originale, c'est pourquoi j'ai voulu le mentionner à propos de ce film, et de ce roman.

Somerset Maugham a vécu plusieurs vies, fait le tour du monde, pratiqué cent métiers.

En littérature, il est l'héritier de Jane Austen et de Virginia Woolf, observateur aigu et parfois cruel des complexités et des servitudes de la nature humaine. 

 

 

04.05.2008

Un livre, un dimanche

Elle est née Marie-Jeanne. Marie-Jeanne Bertin.

Elle grandit en Picardie, dans une petite ville où tout le monde se connaît, où tout le monde parle sur tout le monde.

Elle n'est ni fragile, ni malingre, ni blonde. Elle est bien portante, intelligente, obstinée, ambitieuse. 

Marie-Jeanne, c'est un prénom de province. Quand elle débarque à Paris pour devenir petite main chez une marchande de mode, Marie-Jeanne devient Rose.

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Et crée sa légende.

Rose a du goût, du courage, de la motivation.

De petite main, elle devient vite marchande à son tour, cède à la mode des turqueries et ouvre bientôt sa première boutique dans la prestigieuse et très convoitée rue du Faubourg Saint-Honoré : le grand Mogol.

Dès lors, l'ascension commence. Rose fabrique des robes à toutes les grandes dames de la Cour, s'attire des protectrices célèbres, lance les modes, les défait, brigue la première place de modiste dans la capitale, se fait des rivales et des ennemis.

Qu'importe. Seule compte la satisfaction de voir son ouvrage porté par la noblesse influente. Rose est orgueilleuse.

Orgueilleuse et indépendante. Les hommes lui plaisent et elle leur plaît. Mais le mariage n'est pas envisageable. Rose est une maîtresse femme.

Son coeur, pourtant, sera touché deux fois. Par un amant différent des autres et par une petite archiduchesse autrichienne.

Rose va partager toute sa vie entre ses deux amours.

L'homme lui échappe, elle se rapproche de celle qu'elle comprend si bien.

Rose devient l'ombre élégante de Marie-Antoinette, demeure des heures dans la méridienne de la Reine à discuter des modèles, des tissus, des couleurs.

Elle est enviée, jalousée, copiée. Mais elle reste unique et l'on s'arrache ses créations.

A l'aube de la vieillesse, Rose raconte.

Elle raconte sa vie extraordinaire embellie par la popeline, la soie des Indes, la gaze, la dentelle de Valenciennes, la chantilly, éclairée par les teintes extravagantes du siècle, violette, puce, taupe, rose carmélite, bouton d'or, aile de corneille, lait caillé, mauve tourterelle, blond d'ange, queue de serin, égayée par la rayure et la toile de Jouy...

Jamais elle ne sera plus heureuse que parmi ses pacotilles et ses colifichets.

"Qui n'a pas connu l'Ancien Régime l'ignorera toujours..."

C'était une époque, l'époque Bertin. 

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Ou le Roman de Rose Bertin...

 

27.04.2008

Un dimanche, un livre

Nous sommes à Paris, au XIIIème siècle.

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Les rues de la vieille ville respirent de couleurs moirées, d'étoffes soyeuses, de bijoux précieux.

Elles vivent au rythme des échoppes d'artisans, au son des voix des bourgeois et des manants, au bruit des charrettes qui roulent sur les pavés, des chevaux qui soufflent et des femmes qui discutent le prix d'un pain ou d'un jambon salé.

Dans l'une d'entre elle, au coeur du quartier le plus riche de la capitale, s'élève l'enseigne de Maître Brunel. Maître Brunel, un amoureux de l'or et de la beauté, un orfèvre réputé et respecté, le meilleur de la ville, bien considéré de son roi, le sage Louis IX.

Maître Brunel n'est plus jeune, mais il a suffisamment d'enfants pour assurer sa descendance, et surtout pour reprendre son métier, sa boutique, sa passion.

A ses côtés, il y a Mathilde, belle et douce, sensible et aimante, Mathilde qui élève ses filles et ses fils avec un amour sans faille, qui seconde son mari dans sa noble tâche avec patience et constance. Mathilde si jeune encore, dont le corps encore vigoureux et réceptif refuse de renoncer aux plaisirs de la chair et lutte pour résister aux tentations extérieures...

Mathilde se le doit, comme elle le doit à son mari, parce qu'elle est franche et honnête, parce qu'elle est vertueuse et droite et que l'amour du Seigneur lui sert de guide et lui assure la paix. A trente-quatre ans, elle n'est plus une jeune fille à laquelle on pardonnerait ce péché.

A trente-quatre ans, elle aurait honte de se conduire avec autant de légèreté.

Mathilde est confiante. L'aînée de ses filles, Florie, se marie. Florie est heureuse, amoureuse, légère et coquette, dorée comme un soleil, gaie comme un pinson. Elle en a la voix, elle chante, comme son fiancé le délicat Philippe, troubadour au service de la reine dame Marguerite. Lui aussi est heureux, amoureux, et entièrement dévoué à sa jeune promise de quinze ans. 

En somme, le bonheur est si simple, pense Mathilde devant le couple à qui tout sourit. Dans la vie paisible et unie des Brunel, tout paraît tranquille, assuré.

Rien ne l'est. Le cours d'eau des rivières, comme celui de la vie, est parfois imprévisible. Le danger rôde dans l'ombre, sans qu'on y prenne garde, parce qu'on refuse toujours de voir ce qui dérange, quand le bonheur est à portée de main, trop présent, trop facile. 

La mariée danse sur un air de cythare, entourée de ses soeurs, de ses frères, de ses parents, des amis troubadours dont l'un, Rutebeuf, gentil rebelle de talent, tente de se démarquer par provocation.

Florie n'a d'yeux que pour son mari, quand un autre ne remarque qu'elle : le danger se rapproche pour ne plus s'éloigner. Il s'installe et prend les traits rudes et virils d'un cousin du placide Philippe, le pelletier Guillaume Dubourg, amoureux des fourrures et tueur de loups. Amoureux désormais de sa cousine, définitivement. 

La mère se trouble devant l'inquiétante séduction de l'homme, la fille ne voit rien, ou ne veut rien voir. Son époux est si doux, si tendre, si prévenant.

Mais si Philippe, justement, était trop doux, trop tendre, trop prévenant ? Si Florie ne se suffisait pas de cette douceur dans l'acte sexuel ? La découverte de son corps entraîne celle de la frustration chez la jeune femme. Mais l'amour est là, il la sauve du mal, il comble son coeur et ravit son âme. Florie fait taire le démon qui l'effraie.

Puis, soudain, le danger prend une autre forme, d'autres traits. Ceux d'une bande de voyous qui terrorise les pucelles de la région : Arthur le Noir et ses acolytes. Il se rapproche d'une façon étrange, déroutante. Comme une menace venant d'en Haut, un avertissement.

Tout bascule. Un baiser volé, violent, échangé entre Florie et Guillaume déclenche les foudres du Ciel. Florie se veut passive, victime piégée par cet homme qui la fascine et la répugne en même temps. Elle se croit forte, elle est déjà perdue.

La menace gronde plus fort, atteint une innocente pour punir les coupables. La pure Clarence, soeur cadette de Florie, paie le prix de l'inconséquence du couple interdit. Enlevée par Arthur le Noir, elle est rendue à sa famille vivante, mais blessée dans sa chair et dans son âme.

Florie prie, supplie, se désespère. Dieu l'entend, guérit Clarence et la réclame à son service. La jeune fille consacrera désormais sa vie au Tout-Puissant. Le prix à payer pour que l'ordre et la paix reviennent sur la famille Brunel ? Leur vie tranquille n'est déjà plus qu'un souvenir. 

Si Clarence est sauvée, Florie elle, n'est pas guérie. Trop faible pour lutter contre une force qui la dépasse, elle cède à nouveau. A nouveau elle se perd et attire sur elle le châtiment divin.

Une soeur violée, un enfant mort, une famille déshonorée, un mariage en miettes, un père accablé qui renie sa fille chérie, un amant coupable qui disparait et un mari qui répudie sa femme avant de partir enterrer sa peine et sa colère en Terre Sainte.

La jeune épousée virevoltante laisse place à une femme brisée.

Florie achète durement son repentir, s'exile de Paris, se retire aux abords d'un couvent, celui de sa soeur, là où la paix du Seigneur peut lui redonner envie de vivre. Elle visite les orphelinats, adopte une fillette, tente de combler le vide de son coeur par l'exercice de la charité. Clarence la soutient, l'encourage, la félicite pour son abnégation, certaine que sa soeur est à présent à l'abri du péché. 

Florie, elle, n'est sereine qu'en apparence. A l'intérieur, elle n'est qu'attente et fébrilité. Malgré la passion condamnable qui a gâché sa vie en faisant d'elle une mère négligeante et une épouse adultère, elle est seule à savoir que l'étincelle ne s'est pas éteinte, qu'il suffirait d'une seule caresse de l'amant trop habile sur sa chair trop sensuelle pour la ranimer. 

Sept ans de pénitence, un chiffre symbolique qui ne suffit pas à lui procurer l'oubli. Dieu l'a abandonnée en faisant revenir son amant. Elle cède à nouveau, juge sévèrement sa faiblesse et se croit damnée pour toujours.

Seule la mort de l'un ou de l'autre, désormais, pourra effacer les fautes commises et partagées...    

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La Chambre des Dames n'est pas un roman historique, c'est plus que cela. C'est une chronique du temps jadis, une histoire faite d'amour et de violence, de naissance et de mort, de miracle et de péché. Celle d'un Moyen Age inconnu, si loin des clichés, si proche de nous...

Avec, toujours, la main de Dieu qui s'étend au-dessus des mortels, un Dieu redouté, punitif, qui dicte les actions des hommes et pardonne leurs péchés au prix d'un repentir sacrificiel.

Jeanne Bourin était une virtuôse de ce temps passé, une poétesse des mots qui fit revivre sous sa plume un Ronsard transi d'amour pour la capricieuse Cassandre, une trop belle Agnès Sorel, une Héloïse tragique face à son Abélard mutilé, mais qui créa aussi des personnages inoubliables, à la personnalité si riche et si profonde que le lecteur ne ressort pas intact de cette rencontre.

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Jeanne est décédée en 2003. Elle fait partie des auteurs qui marquèrent profondément ma vision de la littérature et qui me donnèrent envie d'écrire à mon tour. Son influence, aux côtés de nombreuses autres, m'habite quand j'écris.

Mon plus grand regret de littéraire restera d'avoir trop attendu avant de la contacter.

 

14.04.2008

Dans le lit d'une reine

Je me nomme Loanna de Grimwald.

Je suis la dernière descendante du grand Merlin. Par ma mère, j'ai reçu le savoir millénaire des druidesses de la vallée d'Avalon. Je connais la magie et j'ai juré de l'employer au service du bien.

Mais je ne m'appartiens pas. Je suis venue au monde pour accomplir une mission : donner une reine française au trône d'Angleterre.

Elle s'appelle Aliénor. Elle règne sur les Francs aux côtés d'un roi falot et trop pieux. Elle est belle, passionnée. Trop. Elle ne mérite pas son époux, mais un roi aussi avide de puissance qu'elle. Ce roi, je l'ai vu naître. Il s'appelle Henri, Henri plante à genêt.

Moi, Loanna de Grimwald, en m'introduisant à la cour de France, je jure de remplir ma mission jusqu'au bout, quel qu'en sera le prix. Je jure de briser les liens qui unissent Aliénor d'Aquitaine à Louis VII, et de réunir pour la gloire de l'Europe Henri Plantagenêt et Aliénor l'Indomptable. 

Je jure de trahir la France au profit de l'Angleterre.

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Ceci n'est pas le résumé du livre. C'est une modeste synopsis écrite de ma main dans l'espoir d'éveiller votre intérêt à propos d'un roman merveilleux, plein de magie, de sensualité et de précieuses informations historiques.

Si ce n'est pas déjà fait, lisez-le et rêvez à l'an 1150, quand la France et l'Angleterre se partageaient le monde.

 

 

17.03.2008

Chuuut...

A partir d'aujourd'hui jusqu'à mercredi, je suis en concours.

Cet après-midi, après 6h de dissertation, la salle ressemblait à peu près à ça.

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Enfin, du moins pour ceux qui sont restés jusqu'à la fin. Je suis parmi ceux-là. Et ce que je préfère dans un concours, c'est voir se vider la salle de moitié au bout de 2h30, temps minimum pour sortir.

Oui, je suis une garce, sadique et tout et tout. Ne vous gênez pas, je poste cet article pour vider mon pauvre cerveau qui a beaucoup trop réfléchi.

Contente de moi je suis. Enfin, assez contente. Oui enfin bon, plutôt contente vu que j'ai composé pendant 6h, que j'ai compris le sujet, que j'avais des choses à dire dessus, et que j'avais plein d'exemples et de citations dans ma poche.

Par opposition avec l'an dernier où je n'avais strictement rien à dire. 6h sans avoir rien à dire, je peux vous affirmer que c'est horriblement long.

Donc, je peux m'estimer contente.

C'était Aragon, Louis Aragon, qui parlait sur le sujet.

Et j'aime Aragon. Je pourrais même vous citer par coeur les 2 premières pages de son roman Aurélien. Ca vous en bouche un coin hein ? Flattez-moi, j'en ai besoin.

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Et lorsque les sujets sont tombés, j'ai bien ri.

"Pourquoi t'as ri la sadique ?" vous entend-je me demander. (surtout si vous avez passé 6h à faire la même chose que moi aujourd'hui !)

Parce que la citation d'Aragon ne concernait pas le Aragon romancier, mais le Aragon poète.

Parce que la moitié de la salle, en recevant le sujet, a hurlé.

Koiiiiiiiiiiiiii ? Ahhhhhh naaaaaaan, pas la poésieeeeeeeeee ! Pitin, je voulaiiiiiiiiiis PAS la poésiiiiiiiiiiie, j'ai rien réviséééééééééééé, MAMAN au secourrrrrrrrrrrrrs ! 

Si.

Ca fait peur hein ?

Honnêtement, moi j'ai eu peur, enfermée dans cette salle avec ces hystériques. J'étais pas la seule heureusement. Il y avait aussi des gens sensés enfermés avec moi.

Sinon, je me poserais des questions sur l'avenir de l'éducation nationale et de vos enfants.

Mais on leur apprend quoi à ces petits hystériques fraîchement débarqués de la fac, qui ont jamais foutu leurs petons dans une salle de classe, hormis en qualité d'élèves ??? ça fait 10 ans que la poésie n'est pas tombée en sujet de Capes, on pouvait quand même s'y attendre cette année non ?

Le pire restait à venir : l'un d'entre eux, une demoiselle, s'effondre en larmes sur son sujet.

Là, moi je me suis dit, avec quand même une once de pitié au fond de mon coeur de pierre : quand elle sera face à une classe de trente ados, celle-là, ça va être quelque chose !

Bref, si ça se trouve, je me suis complètement plantée, je vais me ramasser un 2, et là je pleurerais sur mon sort.

Mais l'essentiel, c'est que ce soit derrière moi.

Demain, rebelote.

Après-demain, rebelote.

Jeudi, je serai toute à vous, avec mon épisode 4 de mes lubies de printemps.

En attendant, cette nuit, moi, ça ressemblera à ça :

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Compatissez.

08.03.2008

Madame ma chère fille

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Vous le savez, je suis en révisions intensives. Sauf que les révisions intensives, ça n'a jamais été mon truc. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas allée en hypokhâgne après mon bac, mais directement en fac. Et la fac m'a très bien convenue.

Mais c'est aussi la raison pour laquelle je n'ai pas encore réussi les concours d'enseignement (capes/agreg). Parce que je ne suis pas une bête à concours. Parce que me farcir la tête de choses plus ou moins intéressantes n'entre pas dans ma philosophie de vie. Parce que j'ai un pied dans la Recherche et que l'enseignement secondaire n'est pas toute ma vie.

Parce que j'ai l'autre pied, ou plutôt main, dans l'écriture, et que c'est presque toute ma vie.

Aujourd'hui, pour me distraire, une très bonne amie m'a offert le Télérama hors série spécial "Marie-Antoinette", à l'occasion de l'exposition au Grand Palais.

C'est un geste adorable et perfide à la fois, parce que ma très bonne amie, qui a le même parcours universitaire que moi mais une autre spécialité de recherche, sait parfaitement que tout ce qui sort sur le marché populaire concernant Marie-Antoinette (j'entends magazines, journaux, téléfilms, émissions, films) m'exaspère un tantinet. Parce que c'est automatiquement truffé de clichés, quand ce n'est pas bombardé d'erreurs historiques.

Oui, j'ai aimé le film de Coppola, mais uniquement parce que j'étais avertie de son choix d'adaptation, à savoir : ne pas prendre son film au sérieux. Alors oui j'ai aimé l'esthétique et la fraîcheur de Kirsten, la beauté des décors et des costumes. Et surtout la toute dernière scène, qui m'a prouvé que Sofia était une cinéaste intelligente.

Ce que j'ai moins aimé, c'est l'engouement rose dragée et macaronné qui entoure cette figure historique depuis la sortie du film. Mais je ne vais pas polémiquer sur ce sujet, ce n'est pas le but de cet article.

J'ai donc Télérama en main. A l'intérieur, un dossier composé de texte et d'images. De citations aussi. Très peu. C'est toujours ce qui manque cruellement à tout écrit qui paraît sur Marie-Antoinette. Les clichés du 18ème siècle n'ont pas cessé de circuler. Pour qui veut se faire une opinion réelle et sérieuse, seules les lectures des biographies de référence, des mémoires de l'époque, des lettres de la reine et des rapports de l'ambassadeur grincheux Mercy-Argenteau sont indispensables. 

Mais Télérama se lit avec plaisir, parce qu'il est bien présenté. A la fin, on a même droit à une évocation du manga "Les roses de Versailles ou Lady Oscar" qui me passionnait tant quand j'étais petite. J'ai lu l'article avec émotion.

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Le texte a été élaboré à partir des spécialistes du personnage. Entre autres Evelyne Lever, Chantal Thomas, Simone Bertière.

Evelyne Lever a édité l'énorme correspondance de Marie-Antoinette avec sa mère et Mercy-Argenteau. C'est une édition de référence, étant donné que c'est la première intégrale. Et je remercie Evelyne Lever pour ce travail sur lequel je dois écrire un article, chose que je fais avec un immense plaisir. Pour le reste, ses ouvrages biographiques sur Marie-Antoinette ne contiennent rien d'exceptionnel.

Chantal Thomas m'a énormément déçue en cautionnant le docu-fiction diffusé cet été, un ramassis d'imbécilités. Mais elle a été la première à éditer quelques lettres, non de Marie-Antoinette, mais de Marie-Thérèse, sa mère. Ce petit ouvrage porte le titre de Madame ma chère fille. L'écriture épistolaire de l'impératrice d'Autriche est savoureuse. Marie-Thérèse gronde, embrasse, sermonne, se lamente, supplie, tonne, explose, pour finalement tout pardonner à sa "chère fille". J'ai trouvé la lecture de ces 50 lettres tellement délicieuse que je m'y suis attardée pour la rédaction d'un article, à l'époque où je commençais mon doctorat sur les manuscrits des prisonniers de la Terreur. 

Quant à Simone Bertière, c'est la seule que je salue bien bas. Sa biographie Marie-Antoinette l'insoumise est la meilleure, la plus sérieuse scientifiquement parlant, la seule digne d'intérêt. Loin devant celle de Stefan Zweig. J'élude volontaire Miss Antonia Fraser, un cliché supplémentaire.

Bref, je parle je parle, mais je m'éloigne de mon but premier.

Parce que je fais partie de ces littéraires à tendance historique qui se battent pour ramener à l'honneur les textes réels, authentiques, et qui délaissent la fiction des romans parce qu'elle leur semble moins essentielle, mais aussi parce que j'ai une indigestion des sucreries qui entourent cette reine de France, j'aimerais faire découvrir ici, à ceux qui ne connaissent pas les écrits de Marie-Antoinette, sa première lettre, (du moins nous le croyons, parce qu'aucun écrit n'existe d'elle avant cette date, à moins que sa mère n'ait détruit les précédentes), la première qu'elle écrivit sur le sol français.

Nous sommes le 9 juillet 1790. Antonia, ou Madame Antoine comme la surnomme affectueusement sa mère, a 14 ans. Elle n'est que la Dauphine. Elle obéit scrupuleusement à l'impératrice qui lui a ordonné, dans le règlement qu'elle lui donne avant de partir, de lui écrire tous les jours, et de tout lui raconter. Aucune reine de France n'a jamais entretenu une correspondance secrète avec quiconque. Cette lettre, et les autres qui suivent, les centaines d'autres, valent toutes les biographies.

Madame ma très chère mère,

Ayant appris que le courrier devait partir après-demain et que nous partons demain pour Choisy, je n'ai pas voulu attendre les lettres que Mercy doit m'apporter ce soir, de peur de n'avoir pas le temps de répondre ; ainsi je me réserve pour une autre occasion. Nous partons donc demain 10 pour Choisy et nous en reviendrons le 13 pour aller à Bellevue le 17, et le 18 à Compiègne, où nous restons jusqu'au 28 août, et de là pour quelques jours à Chantilly.

Le roi a mille bontés pour moi et je l'aime tendrement, mais c'est à faire pitié la faiblesse qu'il a pour Mme du Barry, qui est la plus sotte et impertinente créature qui soit imaginable. Elle a joué tous les soirs avec nous à Marly ; elle s'est trouvée deux fois à côté de moi mais elle ne m'a point parlé, et je n'ai point tâché justement de lier conversation avec elle ; mais quand il le fallait, je lui ai pourtant parlé.

Pour mon cher mari, il est changé de beaucoup et tout à son avantage. Il marque beaucoup d'amitié pour moi et même il commence à marquer de la confiance. Il n'aime certainement point M. de la Vauguyon, mais il le craint. Il lui est arrivé une singulière histoire l'autre jour. J'étais seule avec mon mari, lorsque M. de la Vauguyon approche d'un pas précipité à la porte pour écouter. Un valet de chambre, qui est sot ou très honnête homme, ouvre la porte, et M. le duc s'y trouve planté comme un piquet sans pouvoir reculer. Alors je fis remarquer à mon mari l'inconvénient qu'il y a de laisser écouter aux portes, et il l'a très bien pris.

Comme j'ai promis à Votre Majesté de lui dire la moindre indisposition, je lui dirai donc que j'ai eu un peu de dévoiement, mais la diète l'a fait finir. Mon mari a eu en même temps une indigestion, mais cela ne l'a pas empêché d'aller à la chasse.

J'ai aujourd'hui un grand embarras. Je me confesserai à cinq heures à l'abbé Maudoux, Mercy et l'abbé m'ayant conseillé de le prendre. Je n'ai point douté que vous en serez contente, et le roi était aussi content. J'ai oublié de lui dire que j'ai écrit hier la première fois au roi ; j'en ai eu grande peur, sachant que Mme du Barry les lit toutes, vous pouvez être bien persuadée, ma très chère mère, que je ne ferai jamais de faute, ni pour, ni contre elle.

Votre Majesté permettra que je lui envoie une lettre pour Naples, dans laquelle j'avertis ma soeur d'envoyer ses lettres par Vienne. J'ai l'honneur d'être avec la plus respectueuse tendresse la plus tendre et soumise fille.

M.A  

06.03.2008

Cadeau

C'est pour vous, c'est inédit, c'est une avant-première de l'édition qui regroupera 299 autres lettres du même type, et qui sera en rayon quand mon flemmard d'éditeur se décidera à donner son feu vert.

Je tiens à préciser que depuis mon passage, ces lettres, conservées aux Archives Nationales de Paris, ne sont plus consultables sur manuscrit. Elles ont été microfilmées, pour assurer leur pérennité.

 

 

 

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De la consiergerie de Paris l’an deux de la république

Je te préviens, chère et bonne amie, de lire ma lettre avec courage, tu en as montré jusqu’à ce jour et c’est dans ce momens ou tu dois en faire usage. Je te le demande au nom de notre amour et de nos enfants. La dernière fois que je t’es écrit, j’étois à l’infirmerie de Versailles ou j’avois été le 10 prairial, étant tombé malade à la maison de détention, d’une fièvre continue et d’une fluxtion de poitrine. J’y ai été asses malade : cela n’empêchoit pas mon cœur de t’écrire pour ne pas t’inquiéter. Je viens d’être transféré ici d’où je ne peut t’écrire, j’attend mon jugement avec impatience mais sans crainte. Je ne scai sur quoy ; si j’ay péché, ce ne peut être que pour être contrevenu à quelque décret, par ignorance.

Si je suis condamné, je subirai mon sort avec fermeté ; si je regrete la vie, ce ne sera que par raport à toi et nos chères enfants.

Tu dois redoubler de courage, de force, tu auras deux devoirs à remplir, le mien et le tien, ce sera me prouver ton amour, en le regetant sur nos enfants, chère et digne femme, je ne te recommende pas de te ressouvenir de moi : ton amour m’assure que ma mémoire te sera toujours chère. Donne m’en la preuve en aprenant mon sort avec fermeté et courage et résignation, tu auras besoin de cella.

En mourant, je remet mon amme entre les mains de mon créateur. Je me jette dans son sein paternel. Je lui demenderai ton bonheur, celui de mes filles et mon dernier soupir sera pour toi. 

Je donne ma bénédiction paternelle à mes enfants, je leur recommende la soumission et qu’elles soient ta consolation par leurs tendres soins et attentions. Chère femme, je te recommande Dorothée.

Adieu, mon aimable et digne femme, mon dernier soupir est pour toi.

Lors que tu recevras cette lettre, je n’existerai plus que dans ton cœur,

                                         Adieu, ton ami 

                                                              Ton époux Varenes

 

A la citoyenne Varenes, rue du Saule, n°9

A Avignon

Départ. du Vaucluse

Le citoyen Varennes sera décapité le 2 messidor, quelques jours après la rédaction de cette lettre.

12.02.2008

A propos de littérature...

Bon, c'est vrai que je ne parle pas souvent de livres ici. En fait, j'ai réalisé il n'y a pas longtemps que j'avais du mal à me livrer profondément sur ce blog. Je répugne à écrire des articles sur les choses qui me tiennent trop à coeur, ou sur mon intimité. Je ne considère pas ce blog comme le divan d'un psy. Peut-être ai-je tort. Peut-être que déballer tout ce que j'ai sur le coeur me ferait du bien, puisque je ne le fais pas non plus dans ma vie réelle. Ce week-end, je suis arrivée à le faire avec mes amies, ça m'a demandé des efforts, mais j'étais en confiance alors je l'ai fait. Ici, je suis en confiance avec les personnes que je connais et qui me lisent depuis longtemps, mais la pensée que cet endroit est ouvert à tous et que n'importe qui peut me lire et me juger me bloque terriblement. Donc je préfère ne pas trop en dire, ne pas trop m'étendre.

La littérature fait partie des choses qui sont ma vie. Je me souviens très précisément du jour où j'ai su lire sans avoir besoin de personne pour m'aider. Ce fut une incroyable impression de liberté, qui ressemble à celle qu'on ressent quand on sait faire du vélo sans les roulettes arrière.

J'étais libre de lire tout ce que je voulais, de lire seule surtout, de découvrir seule toutes les histoires qui me faisaient envie. Je n'ai jamais vraiment apprécié qu'on me fasse la lecture. Je ne faisais pas partie des enfants ravis d'écouter des histoires lues par leurs parents le soir avant de s'endormir. Les histoires, je préférais me les raconter moi-même en m'aidant des dessins pour imaginer.

Puis, quand j'ai su lire, je n'ai plus arrêté. Je savais désormais que je ne connaitrais jamais l'ennui tant que j'aurais un livre à portée de main. Je transgressais les interdits en lisant la moitié de la nuit, avec une lampe électrique que je cachais sous mes draps. Plusieurs fois j'ai été surprise, tantôt par ma mère, tantôt par mon père. Les réprimandes ne me ramenaient pas à plus d'obéissance.

Aujourd'hui, je profite du tag lancé par ma petite Camille et repris par la délicate Marquise pour vous parler des livres qui ont marqué mon enfance, mon adolescence, de ceux que j'ai été obligées de lire et de ceux que je ne relirais plus jamais, de ceux qui resteront, de ceux qui m'ont fait rêver... 

4 livres de mon enfance

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4 livres de mon adolescence

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4 livres de ma vie étudiante

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4 BD que j'adore

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4 écrivains que je relirai encore et encore

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Balzac
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Molière
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Jane Austen
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Henri Troyat

4 écrivains que je ne relirai plus

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4 livres de ma liste à lire

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4 livres que j'emporterais sur une île déserte

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4 livres récents que j'ai aimés

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Une biographie de Rose Bertin
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Oserais-je dire : à vous ?!

02.02.2008

Journée studieuse

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Aujourd'hui, je suis de nouveau dans la capitale. Mais pas pour les mêmes raisons que la semaine dernière.

Samedi dernier, j'avais rendez-vous avec la légèreté, la gourmandise, le plaisir du papotage entre filles dans un lieu élégant un brin suranné, comme un arrière-goût des salons de femmes qui n'existent plus, mais qui pourtant nous ressemblaient tant.

Aujourd'hui, j'ai rendez-vous avec l'esprit des Lumières et de la Lettre.

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Pour la première fois, je suis conviée à l'Assemblée Générale de la revue littéraire que j'aime tant, parce qu'elle m'a offert la publication de mon premier article alors que j'étais encore étudiante.

Cette revue, je la soutiens depuis des années, je la dévore à chaque exemplaire paru, comme si elle était mon cénacle à moi, parce que j'en connais quasiment tous les membres malgré le nombre, parce que ceux qui l'ont créée et qui en composent le comité de rédaction sont des gens formidables, des professeurs irremplaçables, des passionnés, des Grands dans leur profession.

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Parce que je les lisais dans ma bibliothèque universitaire quand j'étais une petite étudiante de licence, sans savoir que je les côtoierais un jour, en vrai. 

Parce que cinq d'entre eux ont constitué mon jury de thèse et que je les en remercie encore infiniment aujourd'hui.

Depuis que j'ai le droit d'appartenir à la grande famille de la Recherche, ils ne sont plus seulement des professeurs d'université, ils sont devenus des gens que j'estime énormément et avec lesquels j'ai toujours l'impression de quitter mon siècle pour voyager spirituellement à travers le meilleur des Lumières.

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Et si je parviens à en tutoyer certains, à présent que je ne suis plus une petite étudiante de licence, je sais que rien ne pourra détrôner le vouvoiement pour d'autres, devant lesquels je suis encore intimidée comme une collégienne.

Je vous quitte donc aujourd'hui pour renouer avec une pratique devenue presque désuète mais qui n'en est pas moins un genre littéraire à part entière.

J'en ai fait mon sujet d'études, ma spécialité, mon cheval de bataille, je lui ai donné six ans de ma vie universitaire. Bien au-delà de l'activité professionnelle, c'est devenu une passion, que cette revue concrétise. L'Epistolaire.

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27.01.2008

Mon coup de coeur italien

Depuis trois semaines, j'aime TF1. TF1 la chaîne sans neurones.

Parce que depuis trois semaines, TF1 a la bonne idée de diffuser un feuilleton italien que la France a racheté.

Par hasard, un matin où je ne bossais pas, j'y suis tombée dessus. C'était le 3ème épisode.

Je regarde, peu convaincue.

Je regarde un peu mieux, mieux convaincue. Des costumes 18ème, des décors superbes, des acteurs beaux beaux beaux, des intrigues politiques, des jupons de brocart, des joyaux de princesse et des chignons croulant de boucles.

Durant 10mn, j'ai eu l'impression d'être dans un roman de Barbara Cartland la rose. Je me suis insurgée contre moi-même. Il faut que j'éteigne, c'est pas possible, je vais pas regarder ça, c'est trop cul-cul, c'est trop midinette, c'est trop ... ROMANTIQUE !!!

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J'apprends par mon programme TV qu'il s'agit d'une libre adaptation du roman anglais Pamela de Samuel Richardson, qui provoqua un scandale en son temps.

Je trouve finalement que ce n'est pas si cu-cul, et que les acteurs, magnifiques, dégagent une drôle d'alchimie.

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Toujours par mon programme TV préféré, j'apprends que Vittoria Puccini et Alessandro Preziosi, les héros, sont en fait totalement in love dans la vraie vie, qu'ils forment l'un des couples les plus glamour du cinéma italien, qu'ils ont une petite fille, et que certaines scènes d'amour sont tellement hot qu'elles ont été censurées et coupées.

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A la fin de l'épisode, je suis cuite, je le sais.

Désormais, tous les matins, à 9h20, mon magnéto s'enclenche pour une heure sur TF1. Quand je ne peux pas être devant mon écran directement.

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Pourquoi je regarde Elisa ?

Parce que je ne peux pas résister à un film ou un feuilleton historique.

Parce qu"ils sont rares à la télé, tout comme les programmes intéressants d'ailleurs.

Parce que Elisa, c'est beau à regarder. Parce que l'héroïne ressemble à un ange et qu'elle est surtout différente des clônes d'actrices américaines qu'on retrouve dans toutes les séries.

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Parce que dans Elisa, il y a des complots, des bons sentiments et des mauvais, de l'amour, de l'honneur, de la loyauté, de l'amitié, de la trahison, de la passion.

Parce qu'Elisa, ça raconte l'histoire d'une jeune fille belle, intelligente, cultivée et vertueuse, qui n'est pas noble et qui travaille dans un grand château, au sein d'une famille de la noblesse italienne. La châtelaine, âgée et très bonne, l'emploie comme demoiselle de compagnie. Sa fille Anna, rigide et hautaine, mère d'une petite Emilie, l'emploie comme préceptrice au service de l'enfant.

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Emilie adore Elisa, Elisa adore Emilie. Si bien qu'Anna devient jalouse des qualités de la préceptrice, trop intelligente et trop belle pour sa condition.

Lorsque la châtelaine douairière commence à décliner, Elisa décide, bien qu'elle ne le connaisse pas, d'écrire à son fils Fabrice, soldat dans l'armée du roi. Fabrice quitte l'armée aussitôt et revient à la maison peu avant la mort de sa mère, en possession d'une liste de conjurés qui fomentent l'assassinat du roi. Il a trente-deux ans, il est comte de Rivombrosa, le domaine familial, il est exigeant, colérique et autoritaire. Il découvre Elisa.

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Il la croit noble et lui fait la cour. Sous le charme, elle se laisse prendre au jeu. Sa vertu et son honnêteté reprennent pourtant vite le dessus et elle se résout à lui avouer qu'elle n'est qu'une domestique, ce qui lui vaut de recevoir une gifle cinglante pour sa tromperie.

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Elisa se met alors à détester son nouveau maître. Il la veut, elle résiste, il devient odieux, elle résiste encore, il en tombe amoureux, il décide de la fuir. Là, elle se rend compte qu'elle ne le déteste pas autant qu'elle le croyait, et que si elle ne veut pas le perdre, elle est obligée de céder. 

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Ils deviennent amants, le scandale éclate. Il veut l'épouser, envers et contre tous.

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De nombreux ennemis, des femmes jalouses et des hommes qui craignent d'être dénoncés aux yeux du roi, se mettent en travers de leur route. Malgré les obstacles, les pièges tendus à l'un et à l'autre, les trahisons de leur entourage, les amants poursuivent leur relation.

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Une ancienne maîtresse de Fabrice, aussi belle que vénéneuse et comploteuse de haut rang, devient l'ennemie jurée d'Elisa.

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Pour l'instant, l'histoire en est là. 

Les amants vont devenir des époux mais Elisa devra payer le court bonheur qu'elle aura réussi à vivre. La 1ère saison compte 26 épisodes. La seconde suivra, au cours de laquelle Elisa perdra l'homme de sa vie. Donc, finalement, ce n'est pas si Barbara Cartlandesque que ça, ça promet même d'être tragique.

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La série a connu un immense succès en Italie, les Italiennes sont folles du héros. Devant le taux d'audience, une troisième saison est en cours de réalisation. Elle sera centrée sur les aventures de la fille d'Elisa et de Fabrice. Les héros de la 1ère saison n'apparaitront plus car ils seront morts tous les deux.

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Tout ça pour vous dire que si vous êtes en carence de romantisme en ce moment, soignez-vous avec Elisa !
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